La juriste sud-africaine Navi Pillay à Genève en Suisse le 16 septembre 2025 ( AFP / Fabrice COFFRINI )
Le prix Nobel de la paix a récompensé vendredi la juriste sud-africaine Navi Pillay, octogénaire qui, du Rwanda au Proche-Orient, a consacré une grande partie de sa vie à défendre un droit international aujourd'hui malmené, un choix vivement décrié en Israël.
Âgée de 85 ans, Navi Pillay a notamment présidé la commission d'enquête indépendante de l'ONU qui, l'an dernier, a accusé Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza.
"La lauréate de cette année a joué un rôle déterminant pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide fassent l'objet de poursuites judiciaires", a fait valoir le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, dans son annonce.
Ce Nobel accordé à Navi Pillay légitime "la haine anti-Israël", a réagi le ministère israélien des Affaires étrangères sur X, estimant que le chef de la propagande nazie, Joseph Goebbels, devait "applaudir depuis l'enfer".
Graphique montrant le nombre de prix Nobel décernés aux femmes, aux hommes et aux organisations depuis 1901 par discipline, d'après les données officielles du Prix Nobel au 9 octobre 2026 ( nobelprize.org / Sophie RAMIS )
Jeune avocate d'origine indienne dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, devenue juge et Haute-Commissaire aux droits de l'homme à l'ONU (2008-2014), Mme Pillay est réputée pour avoir l'art de traiter des dossiers difficiles.
Sa carrière l'a menée des cours sud-africaines, où elle a défendu les activistes anti-apartheid, au Tribunal pénal international pour le Rwanda, en passant par la Cour pénale internationale.
En septembre 2025, la commission d'enquête placée sous sa présidence - qui ne s'exprime pas au nom de l'ONU - a établi qu'Israël commet un génocide à Gaza depuis le début de la guerre déclenchée par l'attaque sans précédent du Hamas du 7 octobre 2023.
Israël avait catégoriquement rejeté ce rapport, le qualifiant de "biaisé et mensonger" et accusant ses auteurs de parti pris antisémite.
"La justice est lente"
Dans ses attendus, le comité Nobel mentionne les travaux de Mme Pillay en lien avec le génocide au Rwanda et les soupçons de génocide en Birmanie, mais ne mentionne pas spécifiquement Gaza.
"Nous ne sommes pas un tribunal. Il s'agit de son rapport, du rapport de la commission, et nous avons bien sûr une grande confiance dans son professionnalisme et son intégrité", a déclaré M. Frydnes, interrogé sur ce point lors d'un entretien avec l'AFP.
A l'époque, Mme Pillay avait confié son espoir que ce rapport donne lieu à des suites judiciaires.
"La justice est lente", avait-elle affirmé à l'AFP.
Mais "comme l'a dit (Nelson) Mandela, cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse. Je considère qu'il n'est donc pas impossible qu'il y ait des arrestations et des procès" à l'avenir, avait ajouté l'ancienne juge sud-africaine.
En 2024, la Cour pénale internationale a émis des mandats d'arrêt, toujours inexécutés, contre Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans la bande de Gaza.
Le président américain Donald Trump, au Texas, le 7 octobre 2026 ( AFP / Mandel NGAN )
En réponse notamment aux poursuites visant des responsables israéliens, Donald Trump a sanctionné plusieurs juges, procureurs et membres du personnel de la CPI et est allé plus loin le mois dernier en appelant les États membres à quitter la CPI qualifiée d'institution "malfaisante" et "voyou".
"Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être le prix avec Trump", s'est amusée Navi Pillay après avoir pris connaissance, sous les ovations, de sa récompense.
Des premières historiques
Le Nobel est "un message clair adressé à ceux qui exercent des pressions sur ces institutions, à ceux qui sanctionnent les juges et s'attaquent aux institutions", a précisé M. Frydnes à l'AFP. "Cela doit cesser".
Infographie sur les lauréats 2026 des différents prix Nobel ( AFP / Valentina BRESCHI )
Née Navanethem Pillay le 28 septembre 1941 à Durban, dans une famille modeste, cette fille d'un chauffeur de bus a grandi sous le régime de l'apartheid.
Après des études de droit en Afrique du Sud, complétées par un master et un doctorat à Harvard, aux États-Unis, elle a bâti une carrière jalonnée de premières historiques.
En 1967, elle devient la première femme non blanche à ouvrir un cabinet d'avocats dans la province du Natal. Elle défend de nombreux opposants à l'apartheid et obtient notamment en 1973 que les prisonniers politiques de Robben Island, où était détenu Nelson Mandela, puissent consulter des avocats.
Sur recommandation de Mandela, elle rejoint ensuite le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), chargé de juger les responsables du génocide de 1994.
La juriste sud-africaine Navi Pillay à Genève en Suisse le 18 juin 2025 ( AFP / Fabrice COFFRINI )
Elle préside le TPIR pendant quatre ans avant de rejoindre en 2003 la Cour pénale internationale, nouvellement créée à La Haye pour poursuivre les auteurs des crimes les plus graves.
En 2008, elle est nommée Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, fonction qu'elle exercera jusqu'en 2014.

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